Ça a commencé comme une petite démangeaison (Matthieu Arcade) Contacter l’auteur
Une nausée subite s’empara de lui et il ne put réprimer un fabuleux haut le cœur qui termina sa vertigineuse course sur les chaussures noires – qui ne l’étaient désormais plus – de son plus proche voisin. Meurtri au plus profond de sa chair, autant par la réaction véhémente de ce dernier que par le mauvais tour joué par son organisme, il profita d’un arrêt salvateur du véhicule pour s’extirper de ce mauvais pas. Longeant les murs, traînant derrière lui un vague souvenir nauséabond de sa malheureuse aventure, il rentra rapidement chez lui.
Seul, de nouveau seul, avec ce corps qui pesait comme du plomb. Il s’affaissa dans son sofa et s’endormit. Il fit un rêve étrange. Un chérubin, assis sur le rebord de la cheminée, l’observait de ses yeux d’azur, le gratifiant du plus pur des sourires. Puis, celui-ci se mit à rire ; mais d’un rire aux mille éclats, d’un rire immense et clair, qui jaillissait de sa gorge comme l’eau d’une puissante cascade. Son rêve resta agréable jusqu’au moment où le divin enfant déploya ses courtes ailes, vint virevolter autour de lui comme une mouche et s’engouffra brusquement dans la galerie poilue de son nez.
Il se réveilla, éternua et la moitié de son visage se fissura tout d’abord, puis dégringola. Paniqué, il tenta d’agripper le téléphone pour appeler à l’aide mais son poignet resta accroché au combiné et tomba avec lui. Son corps s’effondra alors comme un château de cartes, sa tête roula sous le meuble, mais ses yeux, restés sur le sol et fixés vers le ciel, semblaient se perdre dans son immensité.

